samedi 23 juillet 2011

Mission Haïti - Billet N°4

Samedi matin à la mission Médecins du Monde de Port au Prince. 

Nous avons décidé avec Darleine, mon superviseur local, de nous rendre sur un chantier en cours qui a pris un peu de retard. Il s’agit de remplacer deux grandes tentes en toiles qui ont été montées après le séisme par des constructions semi-dures, c'est-à-dire à ossature et plancher en bois massif et en panneaux, enveloppe extérieure et couverture en « plastic-sheeting », en français de la toile de bâche, très largement utilisée pour les constructions d’urgence. 

Si nous en avons le budget, nous rajouterons des tôles ondulées sur la bâche de toiture. Les quatre charpentiers sont sur le chantier. Leur équipement est plus que sommaire : une seule scie égoïne à dents usées, une équerre en métal de forgeron et deux marteaux à manche de fer. Devant cette misère d’outillage, nous leur fournissons une scie circulaire électrique de notre stock et un générateur de bonne puissance. Ils ont pu ainsi découper plus efficacement les panneaux de contreplaqué… jusqu’à que la scie électrique rende l’âme avant la fin de la journée!

Ces constructions abriteront les services médicaux ouverts tous les matins : consultations médicales, vaccins, suivi des mamans et des bébés, consultations psys et chambre d’isolement pour les cas de choléra. S’ajoute un espace d’enregistrement et un local pharmacie sécurisé, en bois sur toutes ses faces.

Cette structure de soins de santé est ouvert à proximité immédiate d’un camp immonde de réfugiés post-séisme. Quelques mille personnes vivent là, dans des espaces de toile et de tôle de dix mètres carrés par famille. Quand retrouveront-elles un logement décent ? Personne aujourd’hui ne peut le dire. 
A mon avis, elles sont encore là pour longtemps… sauf si le gouvernement, lorsqu’il parviendra à se mettre en place, décide d’évacuer ces marques déshonorantes hors de la capitale. Cela se fera avec une grande brutalité, comme souvent ici, et le problème sera repoussé ailleurs.

Dans notre véhicule, Radio-Caraïbes diffuse fort les quatre heures de débat du samedi matin entre les élus des différentes tendances. Ces débats volent bas. On s’y traite volontiers de « bandes d’abrutis » ou de « demeurés ». Pitoyable ! Ils passent instantanément du français au kreyol. 

Je n’arrive donc pas à tout suivre. Dans la voiture, les réactions de Darleine et de Michel notre chauffeur, ne manquent pas de sel ! Ils passent du rire à l’écœurement. Ils sont convaincus que la classe politique ne changera jamais, se partageant grassement les revenus d’un pays qui devient de plus en plus pauvre.
Le long des rues, sur des kilomètres, des petits étals proposent… de tout ! Des vêtements aux chaussures, des fruits frais ou séchés aux boissons d’origine inconnue, conservées au frais dans des caisses sous des épaisseurs de jute ou de couvertures de laine protégeant un pain de glace. D’autres arpentent les trottoirs, portant sur leur tête des montagnes d’objets de toutes sortes.


Le splendide palais présidentiel, la cathédrale, ne sont plus que ruines. 

Dans les décombres des maisons, la vie reprend une place. 

On y ouvre un commerce de vêtements ou de boissons à emporter. Sur « Le Champ de Mars », s’exposent des artistes de toutes spécialités. Les peintres y dominent. 

En pleine rue, des murs entiers sont tapissés de leurs œuvres. Tous les Haïtiens sont des artistes nous a confié récemment une galeriste américaine. Désormais, l’art haïtien s’exporte. Mais pour l’intérêt de qui ? Je doute fort que ce soit, encore une fois, à l’avantage des bons destinataires. 

C’est ainsi ! C’est toujours ainsi !
Babay !

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