mardi 14 avril 2020

UN AIR DE FIN D’UN MONDE


Alors, tu n’écris plus ?

« On me dit qu'il faut que je parle, que j'affirme, que je proteste, que je crie, que je m'indigne, que je ricane, que je manifeste, que je résiste, que je me sente victime, blessé et insulté, injurié, manipulé, escroqué, mais même quand ça m'arrive, je préfère me taire parce que le plus souvent, je n'ai rien à dire. »
Je préfère perfectionner mon silence que de proférer des opinions.
Je voudrais faire mienne cette expression du journaliste et romancier Philippe Lançon… mais pourtant ! Oui, j’ai toujours envie de dire, d’écrire, d’affirmer, de proposer... Il y a en moi un réservoir qui se remplit en continu d’émotions de toutes sortes et qu’il me faut assécher à un certain moment.
Alors, je prends à nouveau ce risque, d’écrire et de publier. 
D'être contesté, bien sûr.
 D’autres, que j’admire, en sont capables presque quotidiennement. Cette capacité n’est pas la mienne. Il me faut du temps, enfin un certain temps, pour que les mots de ma page s’ajustent à mes pensées et je n’en suis pas souvent satisfait.

S’ATTENDRE A L’IMPRÉVU (Edgar MORIN)

La propagation du virus covid-19 a placé le monde moderne-occidentalisé dans une situation inconnue. La longue période de confinement contraint y ajoute une expérience inédite. La nécessité s’impose d’organiser une vie professionnelle et familiale sur des bases nouvelles et, pour la plupart d’entre nous, inexpérimentées.

Une masse continue d’informations, de recommandations, de consignes, nous parvient, issue des milieux « autorisés », soit par des compétences médicales indiscutables, soit par la légitimité politique dont les responsables de l’État sont dépositaires.

Mais au fil de ces indispensables communications, s’ajoute une profusion d’experts auto-déclarés, de donneurs de leçons médicales et politiques de tous poils, de contestataires maladifs, de prophètes de plateaux, de pollueurs en général incultes de réseaux sociaux…

L'HORREUR TÉLÉMÉDIATIQUE
Ces donneurs de leçons, souvent acteurs du web 2.0, constituent la foule des gens qui conseillent : « il aurait fallu…, il faudrait… ». Ils sont dans la situation la plus confortable qui soit, celle de ne pas avoir la charge, ni la responsabilité, des décisions à prendre. Ils ne craignent même pas le discrédit.
Ils n’écoutent pas. Leur point de vue est établi une fois pour toutes. Ils sont seuls à avoir raison. Tout ce que peuvent exprimer les autres est une infamie à combattre. Leur attitude se construit par la polémique, par la posture à tenir quelles qu'en soient les conditions, pour tenter « d’avoir eu raison » au moment critique et de s’assurer ensuite un avenir.
Ils sont le fonds de commerce des chaines de télévision, comme de la presse magazine. Par leurs incroyables certitudes, ils polluent également les réseaux sociaux.

Pierre Bourdieu, le très dérangeant mais combien efficace sociologue béarnais, a produit en 1996 un ouvrage sévère, mais qui se voulait positivement critique sur la télévision. Il s’y exprimait ainsi : « À travers la pression de l’audimat, le poids de l’économie s’exerce sur la télévision, et, à travers le poids de la télévision sur le journalisme, il s’exerce sur les autres journaux, même sur les plus « purs », et sur les journalistes, qui peu à peu se laissent imposer des problèmes de télévision. Et de la même façon, à travers le poids de l’ensemble du champ journalistique, il pèse sur tous les champs de la production culturelle ».

Menacée par d’autres écrans, la télévision devient… mobile ! 
De nouvelles stratégies entrent en action et leurs programmes envahissent les réseaux sociaux.
Qu’écrirait aujourd’hui Pierre Bourdieu sur l’ère des écrans multipliés à l’infini et des vampires financiers qui les aliènent, quoi qu'en pensent leurs utilisateurs ?
La stratégie est vieille comme l'histoire des humains : séduire et rendre captive la masse inculte et régulièrement abrutie des auditeurs. Celle qui vous enrichira. Et ça marche !

ET DEMAIN ?
La question, urgente aujourd’hui, est celle de savoir quelles leçons tirerons-nous de ce que nous vivons actuellement.
« L’Après » pandémie sera-t-il radicalement différent de ce qu’était « l’Avant ? »
Bien audacieux serait celle ou celui qui oserait avancer un pronostic.

Certes, cette phase inattendue nous permet l’expérimentation d’une nouvelle manière d’organiser nos quotidiens. Elle pourra être de nature à ouvrir des perspectives nouvelles à un certain nombre.
Elle pourrait être même « le miracle » que certains attendaient, pour être propulsés, un peu malgré eux, vers des chemins dont ils avaient rêvé.
Quoi qu’il en soit, c’est toujours dans le présent que se dessine l’avenir. Et ce présent, même nourri « d’envies » nouvelles, nous laisse toujours perdus devant un monde d’incertitudes.
Aussi, le retour vers « L’Avant » semble la seule voie « imaginable » pour un bon nombre d’entre nous. Très nombreux sont même ceux qui l’espèrent et qui l’attendent. Comment ne pas comprendre cette aspiration de retour vers un monde connu ?

« ILS » L’AVAIENT ANNONCÉ !

Bien entendu, la foule habituelle des nouveaux prophètes s’est emparée du sujet. Elle nourrit encore et toujours le fonds de commerce des chaines d’information continue.
Tous les collapsologues convaincus, ces penseurs « intuitifs » de l’effondrement de la société industrielle se régalent. Leur prédiction n’est-elle pas en train de se réaliser ?
Ces donneurs de leçons, « enfonceurs de portes ouvertes », constituent à leur tour le capital actualisé en continu des écrans. Ils se font aujourd’hui une gloire d’avoir eu raison avant les autres (le rapport Meadows, du Club de Rome, intitulé « Halte à la croissance », date tout de même de…1972).
À lire les orientations, les recommandations et les conseils de ces nouveaux « penseurs de l’Apocalypse », il semble nécessaire de disposer de moyens qui sont hors de portée du plus grand nombre pour espérer se sauver du désastre.
Il n’est pas en effet à la portée de chacun d’acquérir les moyens d’accès (en priorité absolue) à l’indépendance en énergie électrique et en eau, lorsque les opérateurs actuels auront disparu dans l’effondrement général.
Qui pourrait s’offrir dès maintenant (à l'exemple de certain collapsologue réputé) un domaine de plusieurs hectares, doté d’un ensemble bâti avantageux, d’un bois généreux, d’un ruisseau, d’un lac et de tout ce qui permet de voir venir confortablement l’effondrement financier, économique, politique, social et culturel du système actuel ?
Partant de leur situation actuelle, les populations à bas revenu en restent extrêmement éloignées. La solidarité et l’entraide atteignant rapidement leurs limites dans un contexte d’effondrement total, il y aura donc beaucoup de sacrifiés.

ET SI NOUS NOUS RETENIONS… QUELQUE TEMPS ?

Il ne sera pas facile à tous les internautes enflameurs de réseaux sociaux, d’accepter de suspendre leur communication actuelle sur ce qui concerne le traitement médical et politique de la situation présente, c’est-à-dire sur tout ce qui échappe à la compétence ou au pouvoir de l’internaute courant.
Ce serait pourtant hautement souhaitable, au moins durant « un  temps » !
Cet effort de retenue permettrait de ne pas noyer les relations sociales fondamentales que ces réseaux permettent, sous des cascades d’opinions personnelles, toutes admissibles qu’elles puissent être en temps normal, mais totalement inopportunes en temps de crise. Ceci… pour « un temps ».
Ce « un temps » qui nous est indispensable pour tenter de comprendre et de traverser avec le moins de dégâts possible, particulièrement dans nos têtes, cette phase inédite de nos vies.
Ce « un temps » qui nous permettrait de percevoir, au quotidien, un « essentiel » déjà très difficile à cerner. Et, de plus, il nous libèrerait de la tentation douloureuse « d’unfriender » un certain nombre de nos relations, au demeurant indispensables.



dimanche 12 mai 2019

ÉLECTIONS EUROPÉENNES : POUR QUOI ALLONS-NOUS VOTER ?


Toutes les élections, quelles qu’elles soient, ont un objectif fondé : propulser les meilleurs dans des fonctions visées par le contexte et l’objectif de l’élection.
Les élections européennes sont bien de cette nature. Il s’agit de porter au parlement de Strasbourg celles et ceux qui seraient en mesure de contribuer le plus efficacement possible à l’évolution continue de la structure européenne. L'enjeu, pour nous tous, les européens, est de contribuer à établir une puissance désormais indispensable au niveau mondial.
Hélas, nous sommes détournés de cette logique par un certain nombre de perversités.


UN VOTE PERVERTI

Première perversité : la multiplication irrationnelle de listes candidates. Le plus grand nombre d’entre elles n’aura aucune chance, et le sait, de disposer de représentants au parlement européen. Il s’agit avant tout d’utiliser cette opportunité pour bénéficier d’une tribune ouverte à des discours d’enflammement, en grande partie étrangers à ce scrutin.
Deuxième perversité : le discours tenu par un grand nombre de politiques et qui a pour unique objectif d’alimenter un affrontement partisan strictement national.
Troisième perversité, peut-être la plus grave : le rôle que s’est attribuée une presse majoritaire dans ce détournement, en s’installant dans une démarche populiste d’audience. Les titres habituels en sont la confirmation : « la revanche de Le Pen sur Macron », « le match Macron le Pen » « Les européennes transformées en nouveau duel Macron-Le Pen ».
Mais où sont les objectifs et les véritables enjeux de l'élection européenne dans cette affaire ?


L’ENFER DES RÉSEAUX SOCIAUX

Ainsi, ce scrutin européen sera l’opportunité pour un certain nombre de régler ses comptes avec le président de la république et son gouvernement.
La banalisation de la fonction suprême est un fait déjà accompli. Les titres de déférence ont disparu des propos. Il n’y a plus de « Monsieur le Président ». Plus de « Président Macron ». Même plus « d’Emmanuel Macron ». Seul le raccourci patronymique « Macron », pratique de cercle de jeu et de bistrot, suffit à ceux qui, dans un inacceptable mépris, désignent ainsi celui qui occupe la fonction suprême de Chef d’État.
Certes, les imprudences de langage du jeune et fougueux 
président ont pu s'ouvrir à cette déconsidération... mais tout de même !
Que faut-il en penser ? Quel modèle de civisme est-il possible d’y lire ? Quelle leçon les jeunes citoyens en construction peuvent-ils tirer de cette déconsidération ?
Décidément, nous nous enfonçons régulièrement dans la destruction de l’action civique.
L’action des Gilets Jaunes, ce corps minoritaire sans repères (et volontairement sans tête), exalté par les réseaux sociaux (et inexistant sans eux), a apporté une part considérable à cette dégradation.


Ce racket démocratique est devenu insupportable pour tous celles et ceux qui, dans la paix et le calme, construisent au quotidien, dans leurs ateliers, leurs usines, leurs écoles, leurs associations ou leurs foyers, les principes d’échanges et de débats qui pourront construire une Europe et par-delà un monde d’harmonie et de paix.

LE SILENCE DES ÉCLAIRÉS

La majorité constructive et paisible reste toujours silencieuse. Elle ne s’accommode pas du tapage. Elle pratique dans la discrétion l’art d'édifier et de transmettre.
La tonitruance sociale ne lui convient pas, elle la déplore même. Elle ne se prêtera jamais à ce jeu de massacre, honteusement alimenté aujourd’hui par l’internet et une certaine presse.
Outre sa propre volonté de discrétion, on ne lui donne même pas la parole.
Plus grave, elle est aujourd’hui elle-même la victime, visée ou collatérale, des déchaînements de violence qui concluent régulièrement la plupart des manifestations de rue.


ET L’EUROPE DANS TOUT ÇA ?

Au moment de définir les options de vote, il  parait bien difficile de les fixer en sachant à quoi s'en tenir.
C’est un problème de taille pour nos démocraties. Quand les citoyens ne réfléchissent pas à ce qu’ils lisent et entendent, ils deviennent vulnérables aux manipulations de toutes sortes. Sans chercher à comprendre, ils absorbent les paroles de tel ou tel populiste qui les entraîne dans des voies destinées à d’autres objectifs.
Ne sommes-nous pas dans cette situation actuellement ?
Sommes-nous réellement en mesure de comprendre quelles seraient les candidatures qui seraient les plus sincères et les plus efficaces pour assurer l‘avenir de l’Union Européenne et de ce fait celui de nos pays ?
Il ne nous reste que peu de temps pour définir dans quelle Europe voulons-nous vivre demain et  pour tenter de saisir sur qui pourrions-nous compter pour cela.

Dans ce monde globalisé dans lequel les opportunistes s’octroient toutes les places, restera-t-il encore au parlement européen un espace pour quelques dépositaires éclairés de l’esprit des Lumières ?
Il nous est, hélas, permis d'en douter.

dimanche 17 février 2019

LE DANGER DE LA CRITIQUE !

Il semble très difficile et même risqué par les temps qui courent d’émettre un avis sur la situation actuelle, tellement toutes les bases saines de réflexion ont été sérieusement ébranlées ou même détruites. Il semble que l’abrutissement se soit abattu sur notre société. Les réseaux sociaux en ont été les déclencheurs. Ils en sont aujourd’hui les propagateurs.
 
Les affirmations percutantes, les appels au ralliement, propulsés sans contrôle sur l’Internet, séduisent une grande partie d’anonymes en mal d’existence. En se positionnant spontanément comme relais, ils démultiplient à l’infini et sans réflexion, les appels désordonnés à une action qui s’avère incontrôlée.
Dans cette explosion communicative irréfléchie, toutes les opinions qui n’iraient pas dans le sens attendu sont sujettes à destruction systématique, souvent même nourrie de violence.
La contestation de la Presse en est l’exemple (dé)flagrant. L’information ne peut aller que dans le sens attendu par les contestataires. Les comptes-rendus objectifs deviennent ainsi quasiment impossibles sans courir un réel danger, y compris physique.

Mais comment donc en sommes-nous venus là ?

LA DESTRUCTION DES SYMBOLES

Ne dit-on pas que « l’exemple vient d’en-haut » ? Toujours faudrait-il définir au préalable ce qu’est « l’en-haut », lorsqu’il ne s’agit pas d’une position simplement géographique. Il s’agirait plutôt de la situation d’un individu qui, par ses qualités intellectuelles et morales et son désir "de servir", a bénéficié d’une reconnaissance en tant que "guide" de la part d’une certaine population. Une population de laquelle nous pourrions, les uns et les autres, faire partie.

Il est heureux alors pour les peuples que des personnes de cette nature détiennent, à un certain moment de leur histoire, un réel pouvoir d’influence et d’action (Havel, Mandela, Walesa, Aung San Suu Kyi…).

Or, ces personnes se font rares, voire inexistantes aujourd’hui, dans nos sociétés livrées désormais aux puissances de l’argent.
Ainsi, les chemins qui conduisent au Pouvoir ne favorisent-ils que les opportunistes de mauvais poil en soif de domination.
Devons-nous pour cela généraliser ? Ce serait totalement injuste par rapport à la volonté intègre et loyale de servir le pays dont certains font encore preuve.


…ET DE L’IMAGE PRÉSIDENTIELLE

Une page de notre Histoire s’est ouverte de façon inattendue le 07 mai 2017. En ayant balayé l’ancienne alternative droite-gauche, nous avons porté à la fonction suprême l’un des plus jeunes présidents de notre République.
Le fait que beaucoup « d’irréfléchis » contestent aujourd’hui avec violence cette élection est incompréhensible. En s’attaquant à la fonction présidentielle démocratiquement établie, ils ne comprennent pas que c’est vers eux-mêmes qu’ils dirigent leur haine.

Ici se situe le point de départ d’une phase des plus graves de notre actuelle démocratie : la banalisation, puis la destruction de l’image présidentielle.
Certes, la jeunesse du Président, sa fulgurante énergie et ses inadéquations accidentelles de langage, le mettent en risque d’irrévérence.
Mais la contestation viendra surtout de ceux qui exigent d’un Président de la République qu’il soit conforme à la définition qu’ils se feront personnellement de cette fonction.
Les revendications individuelles déraisonnées détruisent peu à peu la notion de « peuple uni ».

Une étape déterminante de la destruction de l’image présidentielle a été franchie lors du débat qui a opposé le Président Macron aux deux journalistes E
dwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin le 15 avril 2018. S’affranchissant de toutes considérations pour la fonction suprême, les deux interviewers semblaient être venus avec la détermination de « casser du Président ».


Ce débat, nourri d’une sauvagerie journalistique inconnue jusqu’ici, a eu pour conséquence de désinhiber une foule d’abrutis qui se retenait encore.

Les justifications extravagantes qui ont suivi sur la méthode adoptée n’ont rien réparé, au contraire. 
Le mal était fait.
Les caricatures présidentielles les plus abjectes ont envahi les réseaux sociaux. En détruisant l’image présidentielle, c’est la notion de « peuple uni » qui a été pulvérisée. La notion de « masse » et de « foule » s’est alors rapidement imposée.


"SOUVENT LA FOULE TRAHIT LE PEUPLE" (Victor HUGO)

Il est intéressant - et douloureux à la fois - de rappeler une nouvelle fois ce qu’exprimait le médecin-anthropologue-philosophe-sociologue Gustave Le Bon (1841-1931) (inspirateur de Freud, de Churchill et de De Gaulle) à la fin du 19ème siècle dans son ouvrage « Psychologie des Foules » :
« On remarquera que, parmi les caractères spéciaux des foules, il en est plusieurs, tels que l’impulsivité, l’irritabilité, l’incapacité de raisonner, l’absence de jugement et d’esprit critique, l’exagération des sentiments et d’autres encore que l’on observe également chez les êtres appartenant à une forme inférieure d’évolution… ».


L’actualité nous conduit, hélas, à confirmer les thèses de Gustave Le Bon. Si les raisons sont légitimes, les façons de les faire valoir ne le sont pas.
Ce que confirme une autre formule attribuée à Jacques Necker : « On a souvent tort dans la façon que l’on a d’avoir raison ».
À suivre…

samedi 6 octobre 2018

ALTERNATIBA : UNE SATISFACTION INTELLECTUELLE ?


PLEURER, RÂLER … OU AGIR ?
Nous passons une grande partie de notre temps à nous émouvoir et à relayer sur les réseaux sociaux des messages qui paraissent tous nous concerner. Nous nous désespérons de voir le climat se dégrader. Nous nous terrorisons devant l’afflux de migrants de toutes origines. Nous nous déchaînons sur les comportements de nos dirigeants, ressassant à volonté qu’ils sont à l’origine de tous nos maux.
Mais nous, que faisons-nous, où en sommes-nous de notre responsabilité de citoyens généreusement déclarés « du monde » ?
Que pourront devenir les apparents engagements globaux, s’ils ne sont pas nourris de ceux, plus personnels, des individus ?
Oui, direz-vous, mais les vrais responsables du désastre ne sont-ils pas à rechercher dans les multinationales et leurs seuls objectifs de profit ? Auprès des usines et des centrales de production d’énergie qui assombrissent régulièrement notre ciel et notre sous-sol de produits toxiques ?
Oui, bien sûr. Mais le moment devrait être enfin venu de changer de paradigme et de modèle de société.

L’URGENCE : AGIR LOCAL !
Le concept « Penser Global et Agir Local » n’est pas nouveau, loin de là. Associations, villes, collectivités locales, entreprises ou simples citoyens à travers le monde n’ont pas attendu l’Accord de Paris pour engager localement des initiatives dans ce sens.
Pourtant, nous continuons à perdre régulièrement notre temps et notre énergie (qui n’est pas celle-ci éternellement renouvelable), en considérations « globales » dans la gestion desquelles nous ne pouvons rien directement.

Il est urgent de définir, une fois pour toutes, où et comment pourrions-nous voir concrètement le produit de nos initiatives de changement et en vivre directement, en famille et en communauté de proximité, toutes les satisfactions.

ALTERNATIBA : UNE SIMPLE SATISFACTION INTELLECTUELLE ?
Ce nouveau rendez-vous à Bayonne des 6 et 7 octobre sera à nouveau riche en événements de toutes natures pour nous inviter à « changer le système, pas le climat ». Il sera également très populaire. Il incite à mettre en œuvre au moins trois engagement sur les sept proposés : 1- opter pour un fournisseur n’énergie renouvelable, 2- relocaliser son épargne, 3- utiliser la monnaie locale, 4- aider à l’accueil des migrants, 5- rejoindre un circuit alimentaire court, 6- recycler, composter, 7- refuser la publicité.
Même sur simplement trois thèmes, l’engagement sera difficile à prendre pour beaucoup… les habitudes, la défiance de tout ce qui est nouveau, le risque de l’inconnu….

Alors on se contentera de venir faire une ballade sur le site de Bayonne et d’y partager un repas sympa en famille, simple satisfaction intellectuelle et se donner bonne conscience, pour pouvoir dire ensuite : « Alternatiba ? Bien sûr, j’y étais ! ».

dimanche 9 septembre 2018

LE CITOYEN PARFAIT

Il est difficile de trouver, dans tous les espaces de vie dans lesquels navigue le citoyen, des éléments concrets de satisfaction. Bien au contraire, le premier magazine, le premier quotidien, qui tombe sous ses yeux se nourrit des désagréments, réels ou créés de toutes pièces, qui maintien le lecteur dans ce qu’il possède naturellement de plus détestable : la critique négative systématique de tout ce qui lui arrive.

Sa vie ne lui semble faite que d’intentions de nuire, de LUI nuire, de la part de ceux à qui il a confié, l’aurait-il oublié, le soin de gérer la maison commune.
Ah, pauvre citoyen ! Éternelle victime expiatoire d’un mal dont il n’a jamais été à l’origine et qu’on lui fait payer lourdement au quotidien.

« L’Histoire, écrivait au début du 20ème siècle le sociologue Gustave le Bon, n’est guère que le récit des efforts accomplis par l’homme pour se construire un idéal… et le détruire ensuite lorsque, l’ayant atteint, il en découvre la vanité ».

Stupéfiante et éternelle réalité ! Hier comme aujourd’hui, l’humain continue donc à trainer son Histoire comme un fardeau insurmontable d’insatisfactions.

Pauvre humain ! Pauvre citoyen ! A quel moment de sa vie, de "son" histoire, décidera-t-il de chercher à comprendre la nature de son rôle dans la vie de sa communauté ? Son devoir s’arrête-t-il à la sortie des bureaux de vote, alors qu’il vient de charger de mission ceux et celles qui s’en sont portés candidats ?
Toute mission donnée, ne suppose-t-elle pas un contrôle de la part de ceux et celles qui l’ont confiée ? 
Qui assure ce contrôle aujourd’hui, autres que ceux qui, vivant mal leur défaite électorale, n’auront d'autre intention que celle de perturber de toutes les manières possibles la mission de ceux et celles qui ont accédé, pourtant démocratiquement, aux postes de responsabilités.
Pourtant, le rôle d'une opposition n'est pas d’empêcher la majorité de gouverner, mais d'être une force de propositions alternatives pertinentes, construites pour l'intérêt général des populations.

 Il serait temps que le citoyen reprenne la main sur la vie de sa communauté. Dans son rôle de contrôle tout d’abord, en s’informant lui-même directement de ce qui se débat dans les institutions.

Combien assistent régulièrement aux séances des conseils municipaux ? 

On a maintes fois observé combien la présence d’auditeurs dans une réunion de conseil peut changer la nature des débats entre une majorité et son opposition.
 Il est plus confortable, en effet, de se garder d'aller vérifier par soi même se qui se débat, et de porter ensuite une critique furieuse de ce que l'on imagine savoir.

Ou bien encore de formuler des réprobations à partir de ce que rapporte le monde des médias sur la vie des communautés, qu'elles soient locales ou nationales.

Se placer dans le sens de la critique commune. Voilà qui fait exister le citoyen ! Critiquer… ce que tout le monde critique, quelle qu’en soit la motivation, quel qu’en soit l’objectif, fusse-t-il le plus pervers et hélas le plus incongru.

Le monde journalistique, est mis lui-même régulièrement sous le feu de la critique. À juste raison semble-t-il, tellement ses intentions sont douteuses. L’objectif absolu, dans ce monde ultra libéral, est de fidéliser les lecteurs et de vendre un maximum de supports. Tout peut être bon pour cela, tout, y compris le mensonge et les « fausses nouvelles » qui se répandent aujourd’hui comme trainées de poudre.
Comment donc le citoyen sensé peut-il se situer dans ce magma d’informations dont toutes peuvent être douteuses ?

La première démarche serait celle de comprendre et d’admettre qu’il se fait abuser en permanence, par des porteurs de nouvelles qui ont bien d’autres objectifs que celui de l’éclairer réellement sur ce qui se déroule.

La seconde serait de se rendre critique… de la critique et de n’être satisfait qu’après avoir investigué toutes les expressions sur un même fait. Cela lui consommera un temps certain, celui, précieux, qui lui permettra de construire lui même son propre avis définitif.

La troisième, enfin, serait de limiter sa volonté de regard critique au territoire de proximité sur lequel sa vie se déroule. 
On ne peut à la fois regarder et servir le Monde et ses proches.

Nous ne pouvons pas grand-chose, au niveau individuel, sur l’Histoire du Monde, d’autres s'en sont chargés. Nous pouvons beaucoup, par contre, sur celle de nos proches. Alors ?




mercredi 27 juin 2018

TECHNOLOGIE ET HUMANISME, OÙ EN SOMMES-NOUS ?


Cela va vite, beaucoup trop vite, pour que nos esprits humains puissent prendre la juste mesure de ce qui se déroule dans notre quotidien.
Vite, beaucoup trop vite !
Et la vitesse à laquelle nous inondent en permanence les informations et les éléments de connaissance de toutes natures, n’est pas sans conséquence sur ce que nous devenons les uns et les autres dans ce monde devenu fou.
Alors, comment pouvons-nous faire pour nous sentir tout de même exister dans la tornade inarrêtable qui maltraite nos vies comme jamais ?
Une chose est certaine, l’évolution technologique ne s’arrêtera pas. Elle est liée à la nature même de l’humain et à son ambition naturelle à vouloir « jouer à être Dieu ».

QUAND L’HOMME "JOUE À DIEU"

Hélas, la nature biologique « d’origine » de l’humain ne semble pas lui permettre de suivre ce rythme devenu incontrôlable.
Alors, on s’achemine désormais vers « l’homme augmenté » et le « transhumanisme ». L’objectif est d’utiliser toutes les possibilités techniques pour allonger la longueur de vie des personnes en tentant de les conserver, physiquement et intellectuellement, en bonne santé.



DES EFFETS INCERTAINS…VOIRE FATALS ?

Ces nouvelles technologies visent à modifier la manière dont l’homme, son corps et son cerveau fonctionneront et interagiront avec leur environnement.

L’informatique et la techno-médecine en sont les outils fondamentaux. Ne nous berçons pas d’illusions, nous sommes dans une réalité dont les phases expérimentales conduisent déjà à des applications concrètes. Quels en seront les effets ? Audacieux qui oserait en exprimer quelques-uns. Ces effets possibles nous interpellent, ils bousculent nos certitudes. Ils nous font craindre le pire : la dénaturation pure et simple de ce que biologiquement et intellectuellement nous sommes.


ET EN ATTENDANT ?

Notre point de réflexion est là : dans une phase de transition sociale, sociétale, environnementale, énergétique, technologique…, comment nous sera-t-il possible de traverser ce moment de nos histoires personnelles, sans courir le risque de n’avoir pas existé en tant que « nous-mêmes » ?
Faut-il nous accrocher, comme à quelques dernières branches, aux repères culturels et éducatifs qui ont nourri jusqu’ici nos parcours d’enfants et d’adultes ?
Faut-il nous laisser attirer, délibérément et sans crainte, par les nouveaux regards et les nouvelles orientations portés sur un monde en mutation profonde et souvent violente ?
L’enjeu est lourd.
À défaut de pouvoir agir nous-mêmes sur l’histoire du monde, il ne nous reste qu’un seul espace sur lequel nous pouvons encore faire peser légitimement notre influence : celui de notre cercle familial. Porté par les meilleures intentions et par un réalisme évident, il ne nous évitera pas le risque d’enfermement, d’isolement, d’exclusion et pourquoi pas de rejet.




vendredi 15 septembre 2017

INSTRUIRE OU ÉDUQUER : L'ÉTERNELLE QUESTION !


Une nouvelle rentrée scolaire repose une sempiternelle fois la question ambiguë et souvent brûlante du rôle précis de l'École dans notre société.
La quasi-totalité des éditoriaux consacrent actuellement leur contenu, tout naturellement, à ce thème. Cette avalanche de points de vue souvent éloignés les uns des autres, parfois même contradictoires, continue à troubler l'idée que tente de se faire "le citoyen de base" sur le rôle de l'École dans la société.
Mais, qu'en pense-t-il lui-même, très éloigné des pôles de décision et en général victime de mesures dont il ne comprendra jamais le sens. À un moment de notre histoire ou les modifications incessantes et souvent insensées des programmes font chuter le niveau général des élèves, il est difficile de na pas enrager sur les décisions prises par les ministres successifs de l'ère Hollande. 
Ces décisions semblent avoir été davantage portées par des idéologies "de chapelle", des promesses de campagne ou l'intention délinquante de laisser un nom dans l'Histoire. Exit l'intérêt qui devrait être principal : celui des apprenants et en particulier celui des plus jeunes générations.

LES TEMPS D'ACTIVITÉS PÉRISCOLAIRES : DES COMPÉTENCES TRANSVERSALES
"Pour évacuer leurs problèmes, qu'ils soient familiaux ou scolaires (!!), les écoliers doivent pouvoir bénéficier, chaque jour, d'un temps périscolaire, une respiration quotidienne pour libérer leur créativité, révéler à eux-mêmes et aux autres leur potentiel".
Ainsi était défini l'objectif des fameux TAP qui ont tant causés de problèmes d'organisation "autour de l'école, tout en gardant un lien avec celle-ci" !

Le casse-tête des TAP
De nombreuses collectivités territoriales, surtout les plus petites, se sont trouvées rapidement en difficulté devant la charge, humaine et budgétaire, d'une mission à laquelle elles ne s'attendaient pas.
L'étendue des missions des personnels municipaux, la précarisation des emplois extérieurs lorsqu'ils sont accessibles et la sollicitation des bénévoles sans formation à l'encadrement, caractérisent ces temps d'activités dont l'intérêt est pour le moins discutable. D'autant que toutes ces activités sont aisément accessibles, pour qui le souhaite, hors lien scolaire.

…OU UN NOUVEAU TEMPS DILAPIDÉ ?
Que font les enfants pendant les activités périscolaires ? Comme les emplois du temps, les ateliers proposés dans le cadre de ces fameux TAP sont très divers et se résument parfois à" des parties encadrées de jeux de société".
Cette dispersion du temps apparaît également comme un véritable gaspillage d'énergie.
Ainsi, des enseignants et des parents, de plus en plus nombreux, pointent régulièrement la fatigue des enfants et surtout la confusion entre temps scolaire et périscolaire.

"Pour évacuer leurs problèmes, qu'ils soient familiaux ou scolaires …" si l'intention pouvait être entendue (et encore !!) l'efficacité reste contestable.
  
 ET PENDANT CE TEMPS LÀ…
Le niveau général des élèves continue à s'effondrer. La nécessité de rééquilibrage du temps pour des chimères a sanctionné gravement l'essentiel. Le nombre d'heures de Français par semaine est passé de dix heures en 1979 à… six heures en 2017 pour les CM2. Comment s'étonner alors de la difficile maîtrise de la langue nationale par les nouvelles générations.
Le constat est fait qu'il en est ainsi pour toutes les matières principales.
Le temps disponible, comme les capacités individuelles des élèves n'étant pas illimités, la dégradation était prévisible.

INSTRUIRE…
Tout au long de l'Histoire, ce sont les grands plans "d'Instruction Publique" qui ont été les déterminants de l'évolution des peuples. En 1792, par exemple, Condorcet propose un projet proclamant "le droit de chacun à l'instruction, comme fondement même de la république".


...OU ÉDUQUER ?
Quel est le rôle réel de l'école ?
Si l'école doit instruire, c’est-à-dire transmettre des connaissances, la famille, elle, doit éduquer.
Et de c'est delà que vient le malaise : la famille n'assure plus sa mission !
Cette mission est pourtant essentielle. De plus (comme s'il en fallait encore) les parents mettent en doute la crédibilité des enseignants face à l'arrogance de leur progéniture. Ainsi, au lieu de pouvoir trouver des solutions conjointement, apparaissent de plus en plus de conflits parents-enseignants.
Il est triste de constater que certains parents règlent la déchéance de leur mission en allant reprocher aux enseignants de se mêler de ce qui ne les regardait pas : l'éducation de leurs enfants.

Il n'en demeure pas moins que les rôles ne sont en rien inversés. D'ailleurs peuvent-ils l'être ?
C'est dans la famille que naît l'enfant. C'est dans ce contexte qu'il acquiert les règles fondamentales qui lui permettront de savoir vivre avec les autres.
Si cette phase déterminante est ratée, ce n'est pas l'école qui en rattrapera le manque. Au contraire, elle en sera gravement pénalisée par ce qu'auront à supporter les enseignants. S'ajoutera à la situation la perte de temps et d'énergie qu'ils ne pourront pas consacrer à leur mission fondamentale : celle d'instruire.

QUI, SI CE N'EST PAS L'ÉCOLE ?
Puis vient naturellement la question fatale : "qui d’autre que l’École est en mesure d’éduquer si la famille échoue ?". 
Aussi regrettable que cela puisse paraître, la valeur d’un enseignant se mesure aujourd'hui davantage dans sa qualité d’éducateur que dans sa qualité de sachant.
Nous mettons l'accent ici sur l'un des grands échecs de notre société.




ET L'ÉTAT DANS TOUT ÇA ?

La décision, en 1932, du gouvernement d'Édouard Herriot de rebaptiser le ministère de "l'Instruction Publique" en ministère de "l'Éducation Nationale" n'a pas été sans effet sur la mainmise de l'État sur les esprits de sa population.

Si instruire est une mission qui lui incombe, éduquer est une prérogative qui, en lui permettant d'entrer dans le domaine sacré de la famille, lui donne le droit de peser sur les consciences des citoyens en construction.


L'État ne se mêle-t-il pas ainsi de ce qui ne le regarde pas ?

On peut donc légitimement se demander si les objectifs réels des décisions prises par les ministères successifs sont destinés à permettre la meilleure construction individuelle des citoyens de demain… ou à asseoir une abrutissante idéologie politique détachée de toute autre intention.
Nous sommes dans une phase de notre histoire ou beaucoup de réformes s'avèrent nécessaires. Les fantasmes (c'est le moins que l'on puisse dire) des gouvernements successif ont été fatals à l'école. Nous en faisons aujourd'hui le constat douloureux.

Le souhait d'un profond changement ne s'est-il pas exprimé lors du "grand chambardement" opéré lors de l'élection présidentielle ?
Le moment ne serait-il pas alors venu de rétablir l'ordre normal des choses en nommant le frelaté Ministère de l’Éducation Nationale 

du nom de sa véritable mission : Ministère de l'Instruction Publique !